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Récit d'un atelier de danse avec Meritxell Checa et Les Sauvages

Ce récit est le troisième d’une série d’articles qui racontent la création d’une troupe de danse amateur sénior : Les Sauvages. Encadrés par Meritxell Checa, danseuse-chorégraphe installée à Boussay, ils entrent dans un processus de création chorégraphique pour donner vie à un spectacle présenté en juin 2024.

Compter dans sa tête, marquer les temps, affirmer les mouvements, les pas. À quatre mois de leur première, Meritxell Checa amène petit à petit Les Sauvages à vivre ces répétitions comme des fragments de représentation.

17 sur 30.

Devant la salle de la Loba à Clisson, les danseuses et le danseur arrivent en petits groupes et discutent en attendant Meritxell. Ils viennent de dépasser les 15 ateliers, marqueur de la moitié de leur parcours avec la chorégraphe. Et depuis la semaine dernière, le rythme s’accélère.

– Jeudi après-midi, j’étais vidé, il ne fallait rien me demander.
– Moi, j’ai même dormi !

La durée des ateliers s’allonge. Une heure supplémentaire pour travailler les chorégraphies mais aussi (surtout) pour avoir le temps de discuter, de partager sans se presser. Toutes et tous étaient d’accord et reviennent avec plaisir car cette première matinée de quatre heures était aussi fatigante que motivante.

Avec pour horizon la représentation du 7 juin mais aussi de premières dates pour dévoiler des fragments de leur création, les échanges qui naissent ce matin montrent que tout ça devient très concret.

Est-ce qu’on dansera avec les chaussures ?
On va réfléchir aux costumes dans les prochaines semaines.
Ça c’est une composition musicale créée pour le spectacle, ce n’est pas la version définitive mais ça donne le tempo !

Et la question du tempo, du rythme est au cœur de cette matinée qui débute en duo, au son de A Day in The Life des Beatles. Meritxell laisse travailler, observe, sourit, découvre les mouvements, les balanciers, les entrelacements imaginés par les danseurs. Quand il le faut, elle vient apporter son regard pour peaufiner, orienter, ajuster. Les interprètes se scindent en deux groupes, d’un côté et de l’autre de la salle. Au milieu, les duos se font et se défont le long d’une ligne mouvante pour composer une nouvelle pièce collective.

Un premier passage, quelques hésitations, quelques retards et Meritxell rappelle l’importance de compter dans sa tête pour connaître les entrées, les sorties, se coordonner.

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Je suis là pour l’instant mais il va falloir compter tout seul ! Jusqu’à huit et go !
Dès la fin du deuxième passage, les applaudissements jaillissent et tous savourent la tendresse de cette partition dansée qui prend forme.

Là, vous avez presque trop anticipé : vous partez au 7-8 tellement vous avez peur de partir en retard !
Et les rires succèdent aux applaudissements.

C’est dans cette ambiance simple, décomplexée que les danseuses et le danseur travaillent une nouvelle partie plus énergique, burlesque, débridée. D’abord un morceau robotique, saccadé, puis des duos et des trios qui se succèdent au rythme d’une composition yéyé percussive et des mélodies de clavier. Des déhanchés, des sauts, des exclamations, et encore des rires.

Ce n’est pas grave si les gestes ne sont pas parfaitement les mêmes. C’est intéressant qu’on perçoive votre personnalité ! Mais il faut y aller à fond.

Meritxell doit partir et leur donne une dernière consigne : reprendre une chorégraphie imaginée sur des chaises, en plus grands groupes. 10 temps et 10 poses à coordonner, à cadencer.

Encore une heure, plus ou moins, pour continuer en autonomie et face à un miroir à travailler le tempo, à prendre le rythme, à faire corps. Et encore quatre mois pour donner à voir l’aboutissement d’une création à l’image de cette somme de personnalités qui se plaît à danser ensemble.